On vérifie que la porte est bien fermée, on s’installe sous un plaid et on lance un film qui promet de nous empêcher de dormir. Une heure plus tard, le moindre bruit dans le couloir devient suspect. On aurait pu choisir une comédie. Pourtant, on reste devant l’écran.
À Halloween, cette envie de frissonner prend toute sa place. On décore les maisons de silhouettes inquiétantes, on se raconte des histoires de fantômes et on attend presque avec impatience le moment où quelqu’un nous fera sursauter.
C’est tout de même curieux : la peur est une émotion que l’on cherche habituellement à éviter. Alors pourquoi lui ouvre-t-on si volontiers la porte le 31 octobre ?
Avoir peur, quand on sait que l’on peut arrêter
Il y a une différence entre entendre un bruit étrange chez soi en pleine nuit et regarder une scène où cela arrive à quelqu’un d’autre. Devant un film, on peut allumer la lumière, baisser le son ou arrêter la lecture. Même absorbé par l’histoire, on garde la possibilité de reprendre la main.
Ce cadre change l’expérience. On accepte de se laisser impressionner parce qu’une partie de nous sait que tout cela est organisé : le monstre est un acteur, le sang est du maquillage et la maison hantée possède une sortie.
Les chercheurs parlent de peur récréative pour désigner ces situations où l’on recherche volontairement le frisson. Une étude menée auprès de visiteurs d’une attraction hantée a observé que le plaisir pouvait être le plus élevé à un certain niveau de peur : suffisamment intense pour être prenant, sans devenir insupportable. Ce résultat concernait les évaluations faites à différents moments du parcours ; il ne se retrouvait pas aussi clairement dans l’appréciation globale de l’expérience.
On reconnaît assez bien cet équilibre. Une histoire trop prévisible nous laisse indifférent. Une scène trop éprouvante nous donne envie de partir. Entre les deux, il y a ce moment où l’on se cache les yeux… en laissant tout de même un espace entre les doigts.
Le plaisir arrive aussi juste après le sursaut
Quelqu’un surgit derrière une porte. On pousse un cri, on recule, puis on reconnaît un ami sous son masque. Quelques secondes plus tard, on rit.
Dans ce genre de scène, le soulagement fait partie du plaisir. On découvre que l’on s’est laissé avoir. On reprend son souffle, on proteste un peu, puis on raconte déjà sa propre réaction aux autres.
À Halloween, ces petits épisodes deviennent facilement les meilleurs souvenirs de la soirée. On oubliera peut-être les décorations, mais on reparlera longtemps de celui qui a renversé son pop-corn ou juré qu’il avait vu le mannequin bouger.
Bien sûr, cela suppose que la surprise reste un jeu pour tout le monde. Une personne peut rire d’une fausse araignée quand une autre la vivra très mal. Le frisson n’est agréable que si l’on a envie d’y participer.
À plusieurs, la peur devient une histoire à partager
Regarder un film d’horreur seul et le regarder entre amis sont deux expériences bien différentes.
En groupe, on commente les décisions du personnage qui descend à la cave. On repère celui qui détourne les yeux. On prétend ne pas avoir peur, avant de sursauter au même moment que tout le canapé.
Il y a toute une complicité autour de ces réactions. Le film continue, mais une autre histoire se joue dans la pièce : celle de la soirée que l’on passe ensemble.
Halloween offre justement un prétexte pour organiser ce rendez-vous. Certains aiment les films inquiétants, d’autres préfèrent les costumes ou les bonbons. Chacun peut entrer dans l’ambiance à sa manière, sans avoir besoin d’être amateur de grandes terreurs.
Parfois, quelques bougies, une vieille légende et quelqu’un qui sait bien raconter suffisent.
Ce que l’on imagine est parfois plus inquiétant que ce que l’on voit
Une porte entrouverte. Des pas à l’étage. Une silhouette que l’on distingue mal au bout du jardin.
Les histoires effrayantes savent nous faire attendre. Elles laissent un détail sans explication, puis nous donnent le temps d’y penser. Est-ce que le personnage a vraiment entendu quelque chose ? Pourquoi le chien refuse-t-il d’entrer dans cette pièce ? Que se trouve-t-il derrière ce rideau ?
On se surprend à chercher des réponses avant même que l’histoire les apporte.
Cette attente explique une partie du charme des récits de fantômes. Ils nous invitent à regarder autrement des choses ordinaires. Après le film, le couloir est toujours le même. Pourtant, on traverse un peu plus vite pour rejoindre sa chambre.
Le lendemain matin, tout paraît généralement moins impressionnant. Jusqu’à la prochaine soirée où quelqu’un propose : « On se raconte une histoire qui fait peur ? »
Halloween nous autorise à fréquenter l’étrange
Dans la vie quotidienne, on n’a pas toujours l’occasion de parler de maisons hantées, de présences mystérieuses ou de rêves troublants. À Halloween, ces sujets trouvent leur place autour de la table.
Quelqu’un raconte un bruit entendu dans une maison vide. Une autre personne évoque une coïncidence qu’elle n’a jamais comprise. Un sceptique propose une explication, tandis qu’un ami demande davantage de détails.
On peut écouter ces récits pour leur atmosphère, pour le plaisir de la discussion ou parce qu’ils rejoignent nos propres interrogations. Tout le monde n’a pas besoin d’en tirer la même conclusion.
Une histoire peut nous toucher sans que nous sachions exactement quoi en penser. Le fait qu’elle soit troublante ne suffit pas à prouver une origine surnaturelle. Mais elle peut ouvrir une conversation intéressante sur nos perceptions, nos souvenirs et nos croyances.
C’est aussi cela qui attire dans Halloween : pendant une soirée, on s’accorde le droit d’explorer des questions que l’on laisse habituellement de côté.
Se déguiser, c’est aussi choisir son rôle dans l’histoire
Enfant, on peut craindre un monstre sous le lit, puis prendre beaucoup de plaisir à en devenir un pour Halloween.
On choisit son masque, on travaille sa démarche, on essaie une voix inquiétante devant le miroir. Et l’on finit souvent par demander aux autres si l’on fait assez peur.
Le déguisement permet de jouer avec les figures qui peuplent les histoires. Une sorcière peut être élégante, un vampire maladroit et un fantôme franchement drôle. Chacun invente sa version.
Les préparatifs comptent d’ailleurs autant que la soirée : fabriquer une décoration, creuser une citrouille, rater un maquillage et recommencer. L’univers inquiétant devient quelque chose que l’on crée avec ses mains, que l’on ajuste et que l’on partage.
Difficile de regarder de la même façon un squelette terrifiant quand on vient de passer vingt minutes à lui faire tenir un chapeau.
Et si l’on n’aime pas avoir peur ?
On peut apprécier Halloween et détester les films d’horreur. Préférer les citrouilles aux clowns inquiétants. Aimer les histoires mystérieuses, à condition qu’elles ne nous accompagnent pas jusque dans nos rêves.
Il n’y a aucune obligation à repousser ses limites pour profiter de la fête. Les chercheurs qui étudient la peur récréative soulignent d’ailleurs que le niveau de frisson apprécié varie selon les personnes. Ce qui amuse l’un peut ennuyer ou submerger l’autre.
Une soirée réussie peut donc prendre des formes très différentes : un conte un peu étrange, un film fantastique, un dîner aux chandelles ou une promenade pour admirer les décorations.
L’essentiel est de pouvoir choisir, y compris de dire que l’on en a assez.
Une dernière histoire avant d’allumer la lumière
À Halloween, nous pouvons chercher plusieurs plaisirs à la fois : la surprise, le soulagement, le rire entre amis et la curiosité de découvrir la suite.
On accepte d’être impressionné pendant un moment. On tend l’oreille, on se rapproche des autres, on demande au conteur de continuer alors qu’on vient de lui dire que son histoire nous faisait peur.
Puis la soirée se termine. Les masques sont posés sur une chaise, les bougies s’éteignent et les invités rentrent chez eux.
On sait très bien que la silhouette dans l’entrée est un manteau.
On allume quand même pour vérifier.